Note du Conseil d’Analyse Economique sur l’emploi des jeunes

Publiée le 4 avril 2013

 

Dans une note du 4 avril pour le Conseil d’analyse économique (CAE), trois chercheurs – Pierre Cahuc, Stéphane Carcillo et Klaus Zimmermann – reviennent sur le sort réservé aux jeunes sans emplois.

« Début 2013, écrivent-ils, près de 1,9 million de jeunes de 15 à 29 ans ne sont ni à l’école, ni en emploi, ni en formation, soit 17 % de cette classe d’âge. » « Plus grave, ajoutent-ils, environ la moitié d’entre eux, soit 900 000, ne cherchent pas d’emploi. Ils sont à la dérive. »

Les Français de moins de 25 ans, selon les dernières statistiques d’Eurostat, ne sont pas les plus à plaindre : 26,2 % sont au chômage.

 

C’est plus que la moyenne de l’Union européenne (23,5 %) et de la zone euro (23,9 %), mais beaucoup moins que les records des pays du Sud : 58,4 % en Grèce, 55,7 % en Espagne et 38,2 % au Portugal.

L’exception française est ailleurs : le chômage des jeunes a résisté à tous les plans pour l’emploi qui, depuis Raymond Barre (1976-1981), ont été imaginés par la droite et la gauche. Et il est particulièrement grave pour les peu qualifiés.

 

« Cette situation désastreuse prévaut depuis près de trente ans, sans qu’aucune politique, aucun plan pour l’emploi ne soient parvenus à l’améliorer« , rappellent les trois économistes qui citent, à l’appui, quelques chiffres éclairants. Le taux d’emploi des 15-24 ans en France (30 %) est deux fois plus faible qu’au Danemark et 1,5 fois plus faible qu’au Royaume-Uni, aux Etats-Unis ou en Allemagne.

 

En matière d’insertion dans l’emploi, le niveau d’études reste décisif : plus de 80 % des jeunes ayant fait des études supérieures sont en emploi dans les trois ans suivant leur sortie du système éducatif en France, contre 30 % pour ceux qui n’ont pas dépassé le collège. Et, depuis 2008, ce sont essentiellement les jeunes sans diplôme qui ont vu leurs perspectives d’emploi se dégrader, avec une chute de 10 points du taux d’emploi à la sortie de l’école.

 

150 000 jeunes chaque année sans diplôme

En attendant de trouver le moyen de réduire l’échec scolaire – plus de 150 000 jeunes sortent chaque année du système éducatif sans diplôme –, il est urgent d’offrir un début de solution aux problèmes des jeunes « NEET » (pour Not in Education, Employment or Training).

Les emplois d’avenir ont été établis pour eux par le ministre du travail, Michel Sapin, mais ils peinent à décoller. Et il y a pire : « Pour améliorer la capacité des jeunes non qualifiés à acquérir des compétences et à s’adapter aux besoins des entreprises, la solution n’est pas de les placer dans des emplois du secteur public ou associatif, dont toutes les études démontrent l’inefficacité du point de vue du retour à l’emploi non aidé, voire les effets stigmatisants« , analysent les trois auteurs.

 

Leurs propositions

Leurs propositions ? D’abord, à budget constant, créer 120 000 emplois d’avenir, mais dans les entreprises, financés à 50 % par l’Etat et accompagnés de formations à mi-temps, et financer 75 000 formations à plein temps dans les programmes de la deuxième chance.

 

Ensuite, mettre en place un RSA jeune, dès 18 ans, conditionné à une obligation de recherche d’emploi réellement contrôlée et à un accompagnement personnalisé. La création d’une « garantie jeunes » annoncée par le gouvernement va dans ce sens.

 

L’autre urgence est d’améliorer l’accompagnement des jeunes en difficulté. On est loin du coaching dont ils ont besoin : en 2008, seuls 11 % des non-qualifiés avaient eu au moins un entretien par mois dans leur mission locale ou leur permanence d’accueil, d’information et d’orientation, et 50 % n’ont eu que trois entretiens sur douze mois.

 

Avec un taux d’encadrement d’un conseiller pour 100 jeunes dans ces réseaux, la situation risque de perdurer.

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